Soirée Stravinski

Noces et Le Sacre du printemps

Noces

En 1913, Igor Stravinski s’inspire de la rythmique irrégulière de poèmes populaires russes pour composer une cantate en quatre tableaux sur le mariage plus imposé que voulu de deux jeunes gens. Dix ans plus tard, en 1923, Diaghilev, imprésario et directeur des Ballets russes, lui demande une orchestration pour chœur à quatre voix, quatre solistes, quatre pianos et percussions pour la chorégraphie de Bronislava Nijinska. Après elle, des dizaines de chorégraphes offriront leur version de cette œuvre magistrale, de Merce Cunningham à Angelin Preljocaj, en passant par Maurice Béjart, Jiří Kylián et même Ludmilla Chiriaeff, juste avant qu’elle ne fonde Les GBCM.

Créée en 2002 à Montréal, la version de Stijn Celis pousse à l’extrême la critique de l’institution du mariage, transformant la célébration de ces noces forcées en un sombre rituel sacrificiel mené à train d’enfer sur la musique tonitruante de Stravinski. Douze danseuses aux visages cadavériques, enrobées de tulle comme de linceuls, s’opposent avec fougue et détermination au destin qui les lie aux douze danseurs à la résignation drapée dans l’élégance de costumes trois pièces. La gestuelle cassée, le mouvement haché et le rythme trépidant de la chorégraphie traduisent l’esprit vif et mordant de la partition musicale. La tension des corps et la force du poids qui les relie au sol en expriment la dimension dramatique. Une œuvre expressionniste et radicale acclamée par la critique et le public partout sur son passage.

Le Sacre du printemps

Il s’écoule peu de temps entre le moment où Igor Stravinski transmet son idée d’un spectacle mettant en scène un grand rituel païen à son ami Nicolas Roerich, peintre et décorateur des Ballets russes, et celui où Diaghilev leur confie à tous deux la réalisation du projet dont Vaslav Nijinski sera le chorégraphe. Présenté à Paris en 1913, le spectacle fait l’effet d’une bombe, bousculant les codes esthétiques alors en vigueur, et donne lieu à l’un des plus retentissants scandales de l’histoire de la musique et du ballet. Cette œuvre majeure du répertoire chorégraphique, pierre angulaire de toute la danse du XXe siècle, inspirera un nombre incalculable de chorégraphes, de Léonide Massine à Raimund Hogue et Jérôme Bel, en passant par Hans Van Manen, Saburo Teshigawara, Pina Bausch, Marie Chouinard et James Kudelka, qui offre un premier Sacre aux GBCM en 1987.

Une année à peine après avoir créé une chorégraphie sur la version pour deux pianos du Sacre du printemps pour la compagnie newyorkaise de ballet contemporain Cedar Lake, Stijn Celis s’attaque à la version orchestrale avec Les Grands Ballets Canadiens de Montréal. Se dégageant du livret original où une vierge est sacrifiée à l’occasion d’un rituel de célébration du printemps, il souligne les aspects mortifères de la pression sociale en creusant la thématique de la différence et de l’exclusion. Le sacrifice dont on parle ici est celui de l’individualité face au pouvoir du groupe et de la norme. Établissant clairement les différences entre hommes et femmes, il répond à la complexité de la structure musicale par une complexité chorégraphique qui joue sur l’opposition entre tension et relâchement, entre ombre et lumière, misant sur un impressionnant travail de groupe dont se dégagent des duos pleins de ferveur. Une chorégraphie viscérale qui habite l’amplitude des sonorités de la partition stravinskienne, et en incarne la brutalité et la force vitale.


This page features a ballet video titled Soirée Stravinski: Les Noces et Le Sacre du printemps. The ballet company performing in this ballet video include Les Grands Ballets Canadiens. Choreography featured in this video is by .